Des conseils de bon sens: La critique littéraire

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Vos bibliographies comporteront aussi un troisième type de lecture : des articles et essais critiques, se rapportant aux œuvres ou aux problématiques de vos cours, et rédigés par des universitaires, des critiques ou des écrivains, sans aucun souci pédagogique. Il ne s'agit plus d'une production « prémâchée » pour des débutants, mais de réels travaux intellectuels qui s'adressent aux spécialistes. Comment « lire » ces textes?
Il vous apparaîtra d'emblée évident que dans ce troisième cas, « lire » signifie d'abord... essayer de comprendre. En effet, non seulement la pensée n'est pas balisée comme dans un manuel, mais il va vous falloir faire de vrais efforts pour suivre le déroulement intellectuel singulier de l'auteur, qui connaît son sujet à la perfection et élabore des réflexions très au-dessus des vôtres. Il va sans dire que la lecture de ce genre de texte présuppose que vous-même maîtrisiez déjà bien les textes et les questions au programme : cette lecture intervient donc dans un troisième temps.
C'est la plus difficile et la plus nouvelle, mais aussi celle qui vous permettra de donner du sens à vos études de Lettres ; c'est la plus stimulante, car vous verrez qu'après avoir compris ce que tel ou tel penseur avait écrit sur Proust ou sur Corneille, vous revenez vous-même à ces auteurs avec un regard neuf et vous êtes progressivement capable de poser un regard neuf aussi sur d'autres textes, d'autres auteurs.
Lire un texte de critique littéraire demande une grande concentration, beaucoup moins mécanique que dans le cas d'un manuel. Plusieurs lectures sont souvent nécessaires; fractionnez votre travail, en avançant chapitre par chapitre, voire page par page, et en respectant bien la manière dont l'auteur scande lui-même sa réflexion en construisant ses paragraphes. Assurez-vous que vous avez bien compris chaque unité, et que vous donnez du sens aussi à l'ensemble des unités mises bout à bout. Avoir compris, dans ce cas, cela signifie bien souvent être capable de reformuler, à votre manière, avec vos propres termes.
Vos fiches de lecture, indispensables ici, peuvent ainsi se présenter comme une suite de reformulations partielles, qui vous assurent d'avoir bien saisi le sens de chaque article, de chaque chapitre. Parfois au contraire, la pensée du critique que vous êtes en train de lire vous semblera éclairer tellement bien la question au programme, dans des termes tellement précis, que vous aurez envie de prélever tel quel un morceau de son texte pour le retenir en bloc. Dans ce cas, n'hésitez jamais à recopier une citation, même un peu longue (pas plus de 5 lignes toutefois), en la gardant toujours entre guillemets, et en ajoutant systématiquement, après le guillemet fermant, le numéro de la page correspondante, ce qui vous permet d'y revenir très rapidement si quelques semaines ou quelques mois plus tard vous avez besoin de retrouver le contexte de cet extrait. Lors des exercices des dissertations notamment ces citations vous permettront d'étayer vos analyses et de « prouver » ce que vous avancez.
Le travail de « lecture » est ici très différent encore de ce qu'il était dans les deux cas évoqués précédemment. Il ne s'agit plus de prendre connaissance et d'apprécier, non plus de retenir simplement : « lire » signifie ici tenter de pénétrer le mode de pensée d'un autre lecteur de littérature, pour l'instant plus expert que vous. Cette pensée, vous devez la comprendre et la faire vôtre, en la reformulant puis en la mémorisant, ce qui vous permettra progressivement de la confronter aux textes que vous étudiez, de la ruminer, d'en saisir la pertinence, mais aussi de la critiquer en la confrontant à d'autres regards critiques, et à votre propre lecture devenue plus profonde.

[style3;Ces trois exemples devraient clarifier un peu ce que vos enseignants appellent «lire». Cela vous met clairement sous les yeux la somme de travail attendue d'un étudiant de Lettres, mais aussi la variété de ce travail, qu'on pourrait croire faussement simple tant le mot «lecture» renvoie ordinairement à des idées de plaisir et de détente. En fac de Lettres, vous passerez votre temps à lire, mais vous aurez cependant l'impression d'activités très diverses : vous pouvez lire ou relire une œuvre littéraire au lit, dans le train, assis au soleil ; en prenant des notes, sans prendre de notes, en recopiant des citations... Lire un manuel suppose un travail plus systématique, un peu scolaire, rapidement efficace, avec des phases de lecture, des phases de prise de notes et des phases de mémorisation «par cœur» qui alternent rapidement. Lire un article ou un essai suppose d'écrire presque autant que vous lisez, car vous ne vérifiez votre compréhension de lecture qu'en étant capable à votre tour de formuler la pensée de l'auteur de manière résumée.]